Photo : Philippe Serrand sur Pexels
Ingénieur Arts et Métiers, pionnier de l’acétylène dans les Alpes, puis ferblantier à Paris : Henri Cuinat (Ch. 1881) a mené deux carrières en une vie. Portrait d’un industriel devenu artisan.
À la fin du XIXe siècle, une nouvelle lumière fait concurrence au gaz de ville : l’acétylène. Parmi ceux qui l’ont produite à l’échelle industrielle figure un Gadzart, Henri Cuinat. En quelques années, il développe un processus primé à l’exposition universelle de 1900 et crée une usine. Puis il quitte la direction de son affaire pour un métier bien plus modeste. Retour sur un parcours hors norme, d’après le portrait que lui a consacré Arts et Métiers Magazine.
Un fils d’officiers à Châlons
Henri Cuinat naît le 9 décembre 1865 à Flines-lez-Raches, dans le Nord. Son père et son grand-père sont officiers de carrière, tous deux décorés de la Légion d’honneur.
En 1881, il entre à l’École d’Arts et Métiers de Châlons, dont il est diplômé en 1884.
L’acétylène de la Romanche
Fin 1895, Henri Cuinat se lance à son compte. Il dépose un premier brevet pour un moteur à gaz et à pétrole qui évacue complètement les gaz brûlés. Un second brevet porte sur un gazogène automatique à acétylène. Il installe un siège à Paris et un atelier à Compiègne, dans l’Oise.
L’acétylène est alors une source de lumière d’avenir. Ce gaz se forme quand le carbure de calcium entre en contact avec l’eau, et il éclaire environ trois fois plus que le gaz de ville. Le procédé de Cuinat consiste à empiler des galettes de carbure dans des paniers. L’eau ne monte qu’au fur et à mesure que le gazomètre se vide, ce qui règle la production de gaz sans intervention.
Pour fabriquer son carbure, il lui faut beaucoup d’électricité, donc de l’énergie hydraulique. Il la trouve dans la Romanche, en Isère.
Le 4 avril 1897, il fonde la Compagnie française des carbures de calcium (CFCC). Cuinat en est l’administrateur délégué et le directeur de l’usine située à Séchilienne. À l’Exposition universelle de Paris de 1900, son carbure reçoit une médaille d’or pour sa qualité et sa pureté.
L’entreprise est rentable d’emblée et le restera longtemps. Modernisée après 1948, la CFCC se diversifie, prend le nom de Séchilienne, puis devient Albioma, aujourd’hui spécialisée dans les énergies renouvelables.
1901 : le virage de la ferblanterie
En 1901, après la mort de son père et la naissance de sa troisième fille, Henri Cuinat, âgé de 36 ans, change radicalement de vie. Il reste administrateur de la CFCC mais quitte la direction de l’usine. En 1902, il rachète un fonds de ferblanterie à Paris.
Il innove dans ce nouveau métier. Il dépose plusieurs brevets et publie un Manuel de ferblanterie-zinguerie, cuivrerie et tôlerie chez l’éditeur J.-B. Baillière. Ses raisons de quitter l’industrie restent mystérieuses.
Henri Cuinat meurt le 29 janvier 1933 à Saint-Mandé.

Découvrez l’article complet
Ce portrait résume l’article d’Henri Frier (Ai. 163), paru dans Arts et Métiers Magazine n° 426 (avril 2021). La version intégrale contient la photographie de l’usine de Séchilienne vers 1905, le schéma annoté du gazogène Cuinat et l’encadré consacré à l’historien Gilles Rey.
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Sources identifiées
- Henri Frier (Ai. 163), portrait d’Henri Cuinat (Ch. 1881), Arts et Métiers Magazine, n° 426, avril 2021, p. 58-59.
- Gilles Rey, Au pays de Séchilienne, d’un siècle à l’autre, Amis de l’Histoire du Pays vizillois, juin 2020, 448 p. (ouvrage dont s’inspire le portrait du magazine).
- Henri Cuinat, article sur le moteur à gaz Ravel, Bulletin technologique de la Société des anciens élèves des Écoles nationales d’Arts et Métiers, mai 1890.
- Henri Cuinat, Manuel de ferblanterie-zinguerie, cuivrerie et tôlerie, J.-B. Baillière (date à préciser).

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